Produire des plantes aromatiques et médicinales en montagne demande de composer avec un environnement particulier : pente, altitude, disponibilité des terres, mécanisation, gestion de l’eau ou encore maladies et ravageurs.
Le 21 août à Sembrancher, la Journée plantes aromatiques bio a permis de confronter ces réalités du terrain aux expériences menées ailleurs en Suisse et aux travaux de recherche du FiBL et d’Agroscope. Une journée d’échanges qui a aussi offert l’occasion de découvrir les cultures, essais, machines et installations de séchage de Valplantes.
Valplantes, 40 ans de culture des plantes en montagne
Fondée en 1985, Valplantes constitue aujourd’hui l’un des acteurs emblématiques de la production de plantes aromatiques et médicinales en Valais. La coopérative cultive plus de 35 espèces sur une quarantaine d’hectares, principalement dans la région située au-dessus de Sion et dans l’Entremont.
Une particularité : les cultures sont implantées entre 800 et 1’300 mètres d’altitude. Ces conditions offrent certains atouts – fort ensoleillement, diversité des microclimats ou encore protection hivernale par la neige – mais imposent aussi des contraintes importantes aux producteurs.
La production est entièrement certifiée Bio Suisse et alimente différents marchés. Aux débouchés historiques, notamment Ricola et les tisaneries, se sont progressivement ajoutés les boissons et la cosmétique.
Cette dernière illustre particulièrement bien les possibilités de valorisation offertes par les plantes alpines. Selon les données présentées lors de la journée, la cosmétique représente environ 10% des surfaces cultivées par Valplantes, mais contribue à hauteur de 20 à 25% de son chiffre d’affaires.
Au fil des décennies, la coopérative a également participé à la mise en culture de nouvelles espèces alpines. Gentianes, épilobes et autres plantes autrefois essentiellement sauvages ont progressivement trouvé leur place dans les parcelles afin de répondre à de nouveaux besoins, notamment dans le secteur cosmétique.
Adapter les pratiques aux contraintes de la montagne
Cette filière reste cependant exigeante. L’accès à des surfaces suffisamment grandes et mécanisables constitue notamment un défi. Alors que Valplantes comptait plus d’une centaine de producteurs au début des années 2000, ils ne sont aujourd’hui plus qu’une quinzaine.
Dans ce contexte, adapter les techniques culturales aux réalités du terrain est essentiel.
La journée a notamment permis de découvrir l’expérience de Waldhofkräuter, dans la région de Berne, autour de la culture en bandes. Sur une parcelle d’essai présentant une pente de 15 à 21%, cette configuration vise notamment à permettre la mise en culture de terrains plus escarpés et à faciliter les cultures en rangées, par exemple pour la sauge, le thym ou les primevères.
Les premiers enseignements mettent en évidence plusieurs avantages : une bonne praticabilité de la parcelle, une meilleure couverture du sol, le maintien de sa structure, un travail plus précis et un risque de lessivage réduit. La méthode permet également de travailler la pente sans provoquer la formation de terrasses.
L’expérimentation met toutefois aussi en lumière certaines limites. Les bandes enherbées représentent un coût supplémentaire et nécessitent davantage de surface. Elles peuvent également favoriser la présence de mauvaises herbes à racines ou de certains ravageurs, avec un risque d’envahissement des zones cultivées.
Un exemple qui montre tout l’intérêt du partage d’expériences entre producteurs : une pratique intéressante dans certaines conditions doit toujours être confrontée à ses contraintes avant de pouvoir être transposée ailleurs.
Une recherche connectée aux besoins de la production
À côté des expérimentations menées directement sur les exploitations, les travaux présentés à Sembrancher ont rappelé la diversité des compétences scientifiques mobilisées autour des plantes aromatiques et médicinales.
Les activités présentées par Agroscope couvrent ainsi plusieurs étapes déterminantes : création et comparaison variétales, conservation et production de semences, domestication de nouvelles espèces, amélioration des techniques culturales, mais aussi identification et suivi des maladies et ravageurs.
Derrière ces différents domaines se trouvent des problématiques très concrètes.
Pour le thym, les travaux portent par exemple sur le remplacement de la variété Varico 2, bien adaptée aux régions alpines mais dont la production de semences s’avère compliquée. Pour Arnica montana, la sélection vise notamment une meilleure tolérance à des sols présentant un pH plus neutre. Sur l’Edelweiss, l’objectif présenté est de sélectionner une nouvelle variété plus riche en principes actifs.
Ces travaux variétaux sont complétés par des essais portant sur les pratiques culturales : densité de plantation, fumure et engrais verts, gestion de l’eau, couverture hivernale, dates de récolte, conditions de séchage ou encore amélioration de la germination.
Autant de paramètres qui peuvent influencer la faisabilité d’une culture, son rendement et la qualité de la matière végétale obtenue.
Ravageurs : lorsque les réponses restent encore à trouver
Les maladies et ravageurs constituent une autre préoccupation importante pour les producteurs. Chenilles défoliatrices sur le calendula, tétranyques sur la verveine citronnelle ou dépérissement du thym citronné : les problématiques rencontrées varient fortement selon les espèces.
Les travaux du FiBL sur Longitarsus dans les cultures de menthe et de mélisse ont particulièrement illustré la difficulté de trouver des réponses satisfaisantes.
Ces petits coléoptères peuvent provoquer des décolorations et des lésions sur les feuilles, avec des dégâts particulièrement problématiques sur les jeunes plantes. Plusieurs moyens alternatifs de lutte ont été évalués, mais les essais présentés lors de la journée n’ont, à ce stade, pas permis d’identifier une solution présentant une efficacité réellement significative.
Le spinosad reste actuellement le traitement ayant montré le meilleur effet dans ces essais. Son large spectre d’action et ses effets possibles sur des insectes non ciblés justifient toutefois la poursuite de la recherche d’alternatives.
Ces résultats rappellent aussi une réalité de l’expérimentation agronomique : tester une piste ne signifie pas nécessairement trouver immédiatement une solution. Documenter ce qui fonctionne, ce qui fonctionne moins bien et partager ces connaissances avec les producteurs fait pleinement partie de la démarche.
Faire circuler les connaissances pour faire vivre la filière
Des parcelles de Valplantes aux expériences de Waldhofkräuter, en passant par les travaux du FiBL et d’Agroscope, la rencontre de Sembrancher a surtout montré la complémentarité des savoir-faire nécessaires à la production de plantes aromatiques et médicinales.
Car derrière une plante cultivée se trouve toute une chaîne de compétences : sélection et production de semences, maîtrise des itinéraires culturaux, expérience des producteurs, recherche agronomique, récolte et séchage, transformation, puis valorisation auprès des entreprises et des marchés.
Pour une filière spécialisée et fortement liée aux conditions de montagne, maintenir le dialogue entre ces différents acteurs et faire circuler les connaissances acquises sur le terrain constituent des enjeux essentiels.
PhytoArk était présent à Sembrancher pour suivre ces échanges au plus près du terrain. Une journée riche en rencontres et en discussions, qui rappelle toute l’importance du dialogue entre producteurs, chercheurs et acteurs de la filière. C’est dans ces moments de partage que les expériences se confrontent, que les besoins du terrain remontent et que les compétences se rencontrent. PhytoArk se réjouit de contribuer à cette dynamique et de continuer à créer des liens au sein de l’écosystème des plantes aromatiques et médicinales.
Propos recueillis le 26 août 2026 à Sembrancher.
Valplantes en quelques chiffres
1985 — création de la coopérative
Environ 40 hectares de cultures
Plus de 35 espèces cultivées
800 à 1’300 mètres — altitude des cultures
Une quinzaine de producteurs aujourd’hui
100% Bio Suisse
Plus de CHF 3 millions de chiffre d’affaires
10% des surfaces consacrées à la cosmétique, pour 20 à 25 % du chiffre d’affaires

