Dimitri Bocquel et Laurence Nicolay de la HES-SO Valais/Wallis lors de la conférence sur la traçabilité dans le domaine agroalimentaire

28 juillet 2026

Comment la digitalisation transforme les filières agroalimentaires

À l'occasion d'une conférence organisée par la HES-SO Valais-Wallis, les professeurs Dimitri Bocquel et Laurence Nicolay ont présenté plusieurs projets illustrant l'évolution des technologies de traçabilité et leur impact sur les processus de production. Une thématique particulièrement actuelle à l'heure où les entreprises doivent concilier qualité, sécurité, performance et valorisation des données, tout en exploitant un volume croissant de données issues de leurs processus.

La traçabilité : un enjeu stratégique

Dans les filières agroalimentaires, la traçabilité permet de suivre un produit tout au long de son cycle de vie, depuis la matière première jusqu’au consommateur final. Elle constitue un élément essentiel pour garantir la sécurité alimentaire, répondre aux exigences réglementaires et faciliter les rappels de produits en cas de problème.

Mais la traçabilité ne se limite plus aujourd’hui à l’enregistrement d’informations. Les données collectées deviennent progressivement un outil d’aide à la décision permettant d’optimiser les procédés, d’améliorer la qualité et d’anticiper certains risques.

Des puces RFID à l'Industrie 5.0

Les premiers projets présentés par la HES-SO remontent aux années 2000 et portaient déjà sur des problématiques très concrètes pour les filières agroalimentaires régionales, notamment la traçabilité du vin et le suivi de la production de bouchons grâce aux technologies RFID (Radio Frequency Identification). Ces dispositifs permettaient déjà de suivre des objets et des lots tout au long des chaînes de production.

L’émergence de l’Industrie 4.0 a ensuite favorisé l’intégration de capteurs connectés, de plateformes de données et de systèmes de communication en temps réel. Aujourd’hui, l’Industrie 5.0 marque une nouvelle étape en plaçant l’humain au cœur des systèmes numériques, dans une logique de collaboration entre opérateurs, machines et données.

Le projet Typicalp : la digitalisation au service de la Raclette AOP

Parmi les exemples présentés, le projet Interreg Typicalp (2018-2022) illustre concrètement cette évolution.

Développé autour de la filière Raclette AOP, ce projet a permis de digitaliser la collecte de données directement sur le terrain. Des tablettes étanches et des outils numériques spécifiques ont été déployés afin d’assurer le suivi de nombreux paramètres de production tels que :

  • le pH
  • la température
  • les rendements
  • certains indicateurs microbiologiques
  • différents paramètres critiques du procédé

Les données étaient directement collectées sur le terrain par les opérateurs. L’objectif était d’améliorer la qualité des produits tout en facilitant le suivi des processus et la valorisation des données générées.

L'internet des objets (IOT) au service de la production

Les projets les plus récents s’appuient désormais sur des architectures complètes associant :

  • des capteurs connectés
  • des systèmes de communication sans fil
  • des plateformes de stockage et d’analyse des données
  • des interfaces utilisateurs dédiées au suivi des opérations

Cette approche permet une surveillance en temps réel des procédés et ouvre la voie à une meilleure maîtrise de la qualité, à la réduction des pertes et à une prise de décision plus rapide.

Quand la digitalisation rencontre la qualité

Les intervenants ont également présenté plusieurs développements autour du Process Analytical Technology (PAT), une approche qui vise à mesurer et contrôler certains paramètres critiques directement pendant la fabrication plutôt qu’à la fin du procédé. Cette approche est notamment utilisée dans des projets liés à la médecine personnalisée, où la qualité d’un mélange doit être garantie en temps réel.

Cette logique de pilotage par les données se retrouve aujourd’hui dans de nombreux secteurs industriels, de l’agroalimentaire à la pharmacie.

Les facteurs clés de succès

Au-delà des technologies, plusieurs enseignements ressortent des différents projets présentés :

  • partir des besoins réels du terrain
  • associer les utilisateurs dès les premières phases du projet
  • travailler avec des équipes pluridisciplinaires
  • anticiper les enjeux de cybersécurité
  • privilégier des solutions pérennes et évolutives

Comme l’ont rappelé les intervenants, la réussite d’un projet de digitalisation dépend autant des personnes qui utiliseront les outils que des technologies elles-mêmes.

Une source d'inspiration pour les filières des ingrédients naturels

Pour les acteurs des ingrédients naturels, de la cosmétique, de la nutraceutique ou de l’agroalimentaire, ces approches ouvrent de nombreuses perspectives : suivi des matières premières, traçabilité des procédés d’extraction, collecte automatisée de données analytiques ou encore valorisation des connaissances associées aux ressources végétales. Ces outils peuvent également contribuer à mieux documenter l’origine des ingrédients, à valoriser les ressources locales et à renforcer la transparence tout au long de la chaîne de valeur. La digitalisation apparaît ainsi comme un levier majeur pour renforcer la qualité, la transparence et la compétitivité des filières de demain. 


Dans ce contexte, les collaborations entre acteurs industriels, centres de recherche et plateformes d’innovation jouent un rôle clé pour accompagner cette transition vers des filières plus connectées, plus transparentes et davantage pilotées par la donnée.

Tableau résumant les points à retenir concernant la traçabilité dans les filières agroalimentaires

Propos recueillis lors de l’InnoFood & co, le 7 mai 2026 à Fribourg

Crédit photo :© Ville de Fribourg / Valentine Brodard

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