Derrière cette transformation se trouve Julien Héritier. Ingénieur en chimie analytique de formation, il débute sa carrière au Centre de recherche Nestlé avant de rejoindre la HES-SO Valais-Wallis, où il travaille près de dix ans sur des projets mêlant analytique, alimentation et valorisation des ressources végétales. En 2015, il rejoint Mediplant pour reprendre la gestion de la plateforme d’extraction de PhytoArk, avant d’en prendre la direction en 2019. Une trajectoire qui lui a permis d’acquérir une vision unique de toute la chaîne de valeur, de la plante à l’ingrédient fini. Une expertise aujourd’hui reconnue par de nombreuses entreprises actives dans les domaines de la cosmétique, de l’alimentaire et des compléments alimentaires.
« Ce qui me passionne encore aujourd’hui, c’est que chaque plante est différente. Chaque espèce apporte ses propres défis, ses propres possibilités et ouvre la porte à de nouveaux domaines d’application. » déclare Julien Héritier.
D’une expertise agronomique à la transformation des ingrédients
Lorsque Julien Héritier rejoint Mediplant en 2015 pour reprendre la gestion de la plateforme d’extraction de PhytoArk, le potentiel est là, mais tout reste à construire. Cette évolution n’était pourtant pas écrite d’avance. Lorsque Mediplant reprend la gestion de la plateforme, il faut pratiquement repartir d’une feuille blanche. La plateforme a pour vocation de transformer les matières premières végétales en extraits et ingrédients utilisables par l’industrie cosmétique, alimentaire ou nutraceutique. Elle permet notamment d’extraire, concentrer et caractériser les composés d’intérêt présents dans les plantes afin de développer des produits à plus forte valeur ajoutée. Les équipements sont progressivement remplacés, les procédés repensés et une nouvelle expertise construite pas à pas. « Il a fallu définir ce que nous voulions faire de cette plateforme et l’adapter aux besoins réels des entreprises », résume-t-il.
À cette époque, Mediplant est principalement reconnu pour ses travaux en agronomie et en création variétale. L’objectif est alors d’ajouter une nouvelle brique à la chaîne de valeur la transformation des plantes en extraits, ingrédients et solutions directement exploitables par les entreprises.
Au fil des années, les équipements sont renouvelés, les procédés optimisés et une nouvelle expertise se développe. Les premiers clients font confiance à Mediplant pour leurs projets de développement d’ingrédients naturels. Dix ans plus tard, nombre d’entre eux sont toujours présents.
« Ce qui nous fait particulièrement plaisir, c’est de voir que les clients historiques continuent de nous faire confiance tout en accueillant régulièrement de nouveaux partenaires. »
Cette évolution s’est également traduite par une croissance interne. D’une personne en charge de la plateforme à ses débuts, l’équipe compte aujourd’hui cinq collaborateurs spécialisés dans la recherche appliquée, le développement de procédés et la production préindustrielle.
Transformer la recherche en solutions concrètes
Aujourd’hui, Mediplant concentre son activité sur la recherche appliquée et le développement de produits destinés notamment aux secteurs des compléments alimentaires, de la cosmétique et de l’alimentaire.
Cette dynamique se traduit notamment par plusieurs projets emblématiques : la valorisation de la Rhodiola rosea avec Evoleina Rhodiola, une plante reconnue pour ses propriétés adaptogènes et son intérêt dans les domaines du bien-être et de la gestion du stress, le développement de Saxifraga rotundifolia avec Tauderma, une espèce alpine étudiée pour ses applications potentielles en cosmétique ou encore Indigo des Alpes, qui a permis de relancer une production locale de pigments naturels, destinés notamment aux secteurs du textile, du design et des colorants biosourcés.
Ces projets illustrent une même philosophie : transformer une ressource végétale en un produit à forte valeur ajoutée, tout en s’appuyant sur la science, l’expérimentation et les partenariats industriels afin de créer de nouvelles opportunités économiques à partir des ressources du territoire.
Cette diversité d’applications continue d’alimenter la dynamique d’innovation de Mediplant, qui intervient aujourd’hui dans des domaines aussi variés que les compléments alimentaires, la cosmétique, les colorants naturels, les biomatériaux ou encore certaines applications vétérinaires.
Cette dynamique a également contribué à faire émerger de nouvelles entreprises. C’est notamment le cas d’Oouliri Sàrl, initiée par Mediplant et récemment récompensée au Concours Suisse des Terroirs comme meilleur producteur suisse dans sa catégorie.
Au-delà du développement technologique, ces projets permettent également aux entreprises de réduire les risques liés à l’innovation. Grâce à ses infrastructures pilotes et à son expertise multidisciplinaire, Mediplant accompagne ses partenaires dans les étapes critiques de validation, de montée en échelle et de caractérisation des ingrédients avant leur mise sur le marché. Une approche qui contribue à accélérer le développement de nouveaux produits et à renforcer la compétitivité des entreprises régionales et nationales.
Le Valais, un écosystème unique pour l’innovation végétale
Avec près de 3’500 espèces végétales recenséesle Valais constitue l’une de srégions les plus riches de Suise sur le plan de la biodiversité végétale.
Mais sa véritable force réside dans la présence de tous les maillons de la chaîne de valeur sur un même territoire. Producteurs, instituts de recherche, transformateurs et entreprises commercialisant les produits finis peuvent collaborer localement.
« Nous sommes capables d’accompagner un projet depuis la production de la plante jusqu’à sa mise sur le marché. C’est une force considérable », relève Julien Héritier.
Cette proximité favorise les collaborations, accélère le développement de projets innovants et contribue à renforcer une filière industrielle ancrée dans le territoire.
Entre durabilité, traçabilité et contraintes réglementaires
La valorisation des ressources locales fait partie intégrante de la démarche de Mediplant. Lorsque cela est possible, l’institut privilégie les producteurs valaisans ou suisses afin de garantir la traçabilité et la qualité des matières premières.
Toutefois, cet engagement s’accompagne de défis importants. Produire localement implique des coûts plus élevés, des volumes parfois limités et des délais de mise en culture qui ne sont pas toujours compatibles avec les attentes du marché.
« La gestion des matières premières est probablement l’un des enjeux les plus complexes de notre métier. »
À cela s’ajoute un environnement réglementaire toujours plus exigeant. Selon Julien Héritier, il s’agit aujourd’hui du principal défi pour les acteurs de la filière.
Les exigences en matière de traçabilité et de conformité ne cessent de croître. Une évolution nécessaire pour garantir la qualité des produits, mais qui mobilise une part importante des ressources.
Une filière en pleine professionnalisation
Malgré ces défis, Julien Héritier reste convaincu que les opportunités sont nombreuses pour les ingrédients naturels et les plantes alpines.
Parmi les domaines émergents figurent les pigments naturels, les biomatériaux biosourcés ou encore de nouvelles méthodes permettant de mieux caractériser et objectiver les propriétés des extraits végétaux.
Au-delà des ingrédients traditionnels, de nouvelles voies de valorisation se dessinent. Les outils analytiques de nouvelle génération, la structuration et la digitalisation des connaissances scientifiques ou encore le développement de matériaux biosourcés ouvrent de nouvelles perspectives pour les ressources végétales et facilitent l’identification de nouvelles applications à destination des entreprises.
Ces évolutions illustrent également la convergence croissante entre les sciences du végétal, les technologies numériques et les nouveaux matériaux, un mouvement qui devrait contribuer à accélérer l’innovation dans les années à venir.
Pour Julien Héritier, l’avenir passe également par une professionnalisation accrue de la filière des ingrédients naturels. Face aux enjeux de qualité et de traçabilité, les acteurs devront continuer à renforcer leurs pratiques et leurs standards.
Après dix ans consacrés à construire cette expertise, Julien Héritier estime que les fondations sont aujourd’hui solides. L’enjeu n’est plus de prouver la pertinence des ingrédients naturels, mais de poursuivre la structuration et la professionnalisation de la filière.
Entre nouveaux projets européens, développement de biomatériaux, pigments naturels ou encore outils d’analyse toujours plus performants, les perspectives restent nombreuses.
« Les possibilités sont immenses. Il reste encore énormément de choses à découvrir et à valoriser à partir des plantes. »
Une conviction qui continue de guider Mediplant dans sa mission : transformer la richesse végétale du territoire en innovations durables au service des entreprises et des filières de demain.

